Scénario: Manu Larcenet
Dessin: Manu Larcenet
Éditeur: Dargaud
Parution: 29 mars 2024



La route est donc le dernier ouvrage de Manu Larcenet dont la réputation n’est plus à faire notamment depuis le succès de Blast. Il s’agit de l’adaptation en BD du livre éponyme de Cormac McCathy sorti en 2006 et adapté au cinéma dans la foulée en 2009. Alors personnellement je n’ai pas (encore) lu le livre et mon visionnage du film n’est plus très frais il ne m’en reste que des sensations et des images éparses.
L’histoire de La route est l’histoire d’un père et d’un fils qui tentent de survivre dans une Amérique postapocalyptique. Dans ce monde où règnent la barbarie et le cannibalisme, nos protagonistes poussent inlassablement leur caddie vers le Sud dans l’espoir d’une vie plus clémente en bord de mer. On ne sait rien des personnages ni leurs noms, ni d’où ils viennent.

Grâce à la notoriété de l’auteur et de celle du livre, la sortie de cette BD s’est accompagnée d’un grande campagne de promotion et d’interviews qui constituent une véritable aubaine pour qui s’intéresse à la genèse d’une telle œuvre. On apprend d’ailleurs de Manu Larcenet est un grand amateur de l’esthétique de la noirceur, il avoue aimer la gravité de l’histoire présente de bout en bout dans le livre de McCarthy. Pour autant la phase de recherches préparatoire fût éprouvante pour l’auteur, pour représenter les corps maigres et les charniers, Larcenet a dû se plonger dans les images d’archives des camps de la mort de la Seconde Guerre Mondiale…
Le livre d’origine présente peu de dialogues, selon Larcenet, la difficulté a été de transmettre les pensées et les sentiments des personnages, il confie s’être inspiré de gravures dont celles de Dürer, l’auteur confirme que les dialogues présents dans la BD sont les dialogues du livre. Parlant fidélité par rapport au livre, McCarthy utilise beaucoup le mot « gris » pour définir les lieux et les ambiances et Larcenet utilise les nuances de gris à peine teintées de couleurs pour nous livrer des cases qui vont de l’intimiste jusqu’au contemplatif. Les couleurs sont parfois ravivées pour décrire une scène marquante et leur donner de fait un impact plus important avant de retomber dans cet univers grisâtre. Manu a aimé dessiner cet ouvrage car il pouvait s’amuser avec des particules en suspension et casser le côté rectiligne des choses étant donné que le monde est recouvert d’une épaisse couche de cendres, d’ailleurs j’ai été surpris d’apprendre que les planches ont été faites au numérique vue la texture apportée au dessin je pensais vraiment que l’on était sur du tradi ce qui montre là encore la maestria du sieur Larcenet.



Au delà du côté technique cette BD nous fait ressentir la dureté de la vie des personnages mais aussi l’amour du père pour son fils car, même s’il ne lui ment pas sur le peu de chances qu’ils ont de s’en tirer, il lui épargne la vue des différents charniers arguant que les images dont on souhaite se défaire sont celles qui restent graver à jamais, on se demande d’ailleurs quelles visions cette fin du monde a gravé dans l’esprit du père que l’on voit parfois les yeux fixes et grands ouverts alors que sont fils dort auprès de lui.
Les situations où l’on voit l’amour du père pour son fils et la façon dont cet amour se manifeste dans ce monde dévasté sont présents tout au long du récit et sans spoiler de trop je pense à deux scènes:
- ils trouvent une canette de soda et le père dit à son fils de tout boire et de bien garder le goût en mémoire, le fils comprend alors qu’il n’en reboira sûrement jamais.
- le fils demande à son père ce qu’il ferait s’il venait à mourir et le père dit qu’il mourrait aussi pour rester auprès de son fils.

Et quand tu vois ces scènes tu te dis « voilà c’est ça » je veux dire quand tu es père de famille tu peux comprendre ce que fait ce père, beaucoup de choses passent par les regards également et tu comprends que ce père et ce fils sont tout l’un pour l’autre et c’est là où l’œuvre est forte: elle parvient à mettre une part de toi dans le récit!
Conclusion
Manu Larcenet, qui a fait ses débuts dans « Fluide Glacial » fête ses 30 ans de carrière professionnelle avec brio au travers de cette œuvre, les 160 pages de ce récit dur sont menées de main de maitre et on se laisse emporter dans cette balade désolée au travers d’un monde dévasté.
